L’hydrogène naturel dans le monde
Il est étudié depuis les années 1970 avec une évolution constante des connaissances. Les “spots” de recherche sont éparpillés dans le monde entier et on sait (on pense ?) qu’au-dessus du manteau terrestre (entre 5 et 65 km de profondeur) les roches riches en fer s’oxydent en rencontrant de l’eau et produisent de l’hydrogène. L’hydrogène va ensuite diffuser au travers de la croûte terrestre.
Il y d’autres pistes de production (radiolyse de l’eau, maturation des charbons, hydrogène primordial), mais l’oxydation des roches est la piste privilégiée. L’hydrogène produit est souvent mélangé à d’autres gaz (hélium, méthane).
Auparavant, les recherches étaient axées sur la contribution de cet hydrogène au développement de la biosphère profonde (bactéries, virus…) installée dans les fonds marins ou dans la croûte terrestre.
Mais aujourd’hui, l’urgence climatique amène le monde entier (scientifique et celui des affaires) à croire en une énergie nouvelle et décarbonée : L’hydrogène blanc !
Il “suffit” de trouver les réservoirs de cet hydrogène !
En effet, supposons que l’hydrogène, après sa production, puisse diffuser dans des roches poreuses jusqu’à rencontrer une couverture imperméable (sel par exemple). Ce « chapeau » le contraindrait à s’accumuler pour constituer le réservoir que tout le monde recherche.
Des réservoirs à hydrogène ont déjà été découverts mais ils sont de petite taille et se régénèrent lentement :
- Au Mali, un puits produit 200 tonnes d’hydrogène par an sous 4 bars, depuis 11 ans.
- La mine de chrome de Bulqiize en Albanie doit faire face à des dégagements d’hydrogène de 200 tonnes par an depuis 7 ans.
- Haylayn pool (OMAN) produit 150 kg de bulles d’hydrogène par an
La recherche scientifique est aujourd’hui tournée vers l’identification de ces réservoirs et plus de 50 startup se sont mises à prospecter l’hydrogène blanc dans le monde.
On est sauvés ? On pourra continuer à consommer comme avant ?
Pas sûr du tout… Les scientifiques douchent cet engouement en estimant que la régénération mondiale d’hydrogène dans ces réservoirs aboutirait à une production entre 1,5 et 10 millions de tonne d’hydrogène par an (on est loin du besoin actuel de 100 Millions de tonnes).
L’hydrogène naturel en France
Nos chercheurs ne sont pas en reste :
- Le groupe de Pau (Isabelle Moretti) est enthousiaste et sillonne le monde pour définir les conditions de régénération de l’hydrogène.
- Le groupe de Grenoble (Laurent Truche) est plus réservé, en estimant que la régénération d’hydrogène sera trop faible pour apporter une véritable alternative énergétique. Ce sera une carte supplémentaire à la décarbonation mais ça ne nous exonèrera pas de l’indispensable effort de sobriété énergétique.
Des entreprises se lancent dans le sud de la France :
- La startup TBH2 Aquitaine a obtenu, le 23 novembre dernier, un permis exclusif de recherche hydrogène dans les Pyrénées-Atlantiques pour une durée de 5 ans.
- Le groupement 45-8 Energy et Storengy a déposé deux demandes de permis de recherche :
– Celui de Grand Rieu, dans les Pyrénées-Atlantiques a été déposé le 9 mars 2023, la consultation du public a été menée du 28/05/2024 au 13/06/2024.
– Celui de Marensin dans les Landes a déposé le 20 avril 23.
Pour ces entreprises, la recherche consistera, pendant au moins 3 ans, à identifier, sans forer, les accumulations potentielles d’hydrogène (campagne sismique, détection d’émanation d’hydrogène en surface, mesure des variations de gravité et de champ magnétique).
Et en Lorraine ?
L’université de Lorraine est positionnée également sur l’hydrogène naturel, mais rien n’a encore été publié.
Fin 2022, des universitaires Lorrains détectent de l’hydrogène dissous dans un puits gazier à Folschviller.
A 1100 mètres de profondeur, la proportion d’hydrogène dans les gaz dissous est de 15%. Ça ne représente que quelques milligrammes par litre, mais ça indique qu’il y a peut-être production d’hydrogène en profondeur, comme dans les Pyrénées et dans les Landes.
A partir de cette information, une startup (La Française de l’Energie) dépose une demande de permis exclusif de recherche le 18 octobre 2023, la consultation publique aura lieu au deuxième semestre 2025.
A la différence de TBH2 et de 45-8, la startup a choisi de prospecter en forant tout de suite, et ceci même avant l’obtention de son permis exclusif de recherche (la Loi l’y autorise).
A la différence des autres qui recherchent de l’hydrogène gazeux, la Lorraine table sur l’hydrogène dissous dans l’eau. Il faudra donc séparer, en profondeur, les gaz (CH4 et H2) de l’eau, avec une technologie qui reste à élaborer.
La startup va démarrer son premier chantier avec un forage de 4 000 mètres sur Pontpierre.
Voir la déclaration d’ouverture du forage hydrogène de Pontpierr=
Le couac médiatique Lorrain
Les chercheurs lorrains ont souhaité communiquer sur leur découverte concernant le puits de Folschviller avant de publier leurs résultats. Les médias ont malheureusement transformé leurs extrapolations en “découverte du plus grand gisement mondial d’hydrogène”.
Il s’en est suivi un tsunami mondial de superlatifs sur cet hypothétique réservoir d’hydrogène lorrain. Ce qui n’est pas sans rappeler le « gisement titanesque de gaz de couche » en 2013. Les élus s’emballent, les financements pleuvent, les plans de développement se forment (pipeline MosaHYc, projet REGALOR, France 2030).
Alors même que la communauté scientifique est partagée sur l’exploitation de cette découverte d’hydrogène à Foschviller !
En tout cas, des dégâts sont déjà faits :
- Que croire, qui croire et comment faire confiance, désormais, si la communication passe avant le partage des connaissances.
- Sans oublier le risque de faire dans l’urgence au prétexte de « perspectives radieuses », avec une administration qui passe pour être un frein au développement alors, qu’elle seule, semble raison garder.




















on sent le besoin de restaurer une autorité verticale, d’opposer science officielle vs innovation “promue par des entrepreneurs de cause”. J’ai 7 ans de chimie. Il n’y a pas plus aveugle…