“C’est la main de la politique dans la petite culotte de la science.” a déclaré Jacques Leibowitch en 1985 à propos du scandale de la ciclosporine.
La petite culotte de la science est tricotée avec les déclarations précipitées de chercheurs, à propos de découvertes qui n’ont pas été validées par leur pairs. Malgré les réserves d’usage et les conditionnels de ces déclarations, elles sont immédiatement prises pour argent comptant par les médias et les politiques.
C’est gros, mais ça passe…
- Choisissez une situation de crise (sanitaire, énergétique, climat) avec une société qui s’en remet à celui qui dit avoir la solution.
- Ajoutez du narcissisme pour ceux qui s’autorisent à communiquer sans attendre la validation par leurs pairs.
- Incorporez de l’avidité de mise en lumière pour les politiques.
- Complétez avec le manque d’investigation de la part des médias.
Et il suffira de qualifier de “scientifique” toute découverte même extravagante pour légitimer les décisions les plus inconsidérées.
Quelques exemples :
1985 L’affaire de la Ciclosporine pour traiter le SIDA
3 médecins tiennent une conférence de presse le 29 octobre 1985, pour annoncer avoir trouvé un traitement du sida : la ciclosporine (traitement, à la base, contre le rejet des greffes).
Le lendemain la presse s’emballe :
SIDA : nouveau succès français – 3 chercheurs obtiennent des résultats biologiquement extraordinaires sur 2 patients (France Soir)
La politique s’en mêle, le cabinet de la ministre de la santé met la pression sur les trois médecins, afin de précéder les Américains.
L’expérience a duré 5 jours sur deux malades, un premier patient décède avant même la conférence de presse, le second meurt le 9 novembre. En mai 1986, on admet enfin l’inefficacité du traitement.
1976 L’affaire des avions renifleurs
Affaire politico-financière française durant laquelle ELF, alors entreprise publique française, a été victime d’une escroquerie entre 1975 et 1979, associant les noms de Valéry Giscard d’Estaing et de Raymond Barre.
Il s’agissait de mettre en œuvre une “invention miraculeuse” qui permettait à des avions de reconnaissance de détecter des gisements de pétrole !
2020 « C’est probablement l’infection respiratoire la plus facile à traiter »
Emmanuel Macron a qualifié mercredi le professeur marseillais de “grand scientifique”, estimant qu’il fallait que sa bi-thérapie “soit testée”, en dépit des vives critiques sur la faiblesse de ses études sur le traitement du Covid-19 (l’Humanité).
Et la Moselle n’y échappe pas :
Septembre 2011 : La lorraine, un nouveau Koweit
La société australienne Elixir Petroleum a annoncé avoir découvert quelque 164 milliards de barils d’huile de schiste et 649 milliards de pieds-cubes de gaz de schiste dans le sous-sol lorrain. Une découverte colossale, avec un volume qui placerait les réserves françaises à un niveau comparable à celui du Koweït ou de l’Irak (PRESS’Environnement).
Octobre 2013 : le CH4 à l’assemblée nationale
Le député Hervé FERON déclare que “le gaz de houille en Lorraine, c’est l’équivalent de neuf ans de consommation française en gaz, jusqu’à 371 milliards de mètres cubes dans les sous-sols et 1 300 emplois directs et indirects en jeu. Les projets mobilisent les chercheurs de GeoRessources basée à Vandœuvre-lès-Nancy” (Question écrite à l’Assemblée nationale)
Février 2018 : le CH4 et REGALOR
L’Université de Lorraine, le CNRS et La Française de l’Énergie se sont associés au sein du projet REGALOR. Ce projet vise à quantifier la ressource en gaz de charbon du bassin carbonifère lorrain. La ressource gazière en Lorraine étant estimée à 370 milliards de m³, ce qui correspond à 8 ans de consommation nationale (The conversation).
Juillet 2023 : L’hydrogène et ses perspectives radieuses
Si les chercheurs voient juste, au total, le possible gisement lorrain pourrait contenir environ 46 millions de tonnes d’hydrogène naturel… ce qui correspondrait à plus de la moitié de la production annuelle mondiale d’hydrogène gris aujourd’hui ! (journal du CNRS)
Décembre 2023 : Des réserves « titanesques » d’hydrogène blanc retrouvées en Moselle
Les souterrains du bassin minier du puits Folschviller (Moselle) ont révélé leur trésor : la plus grande réserve d’hydrogène blanc jamais découverte à ce jour (Science et Vie)
Et pourtant …
La Ciclosporine n’a pas guéri du sida
La Chloroquine n’a pas guéri du covid
Elixir petroleum n’a pas trouvé de pétrole
La réserve certifiée de gaz n’est que de 1,7 milliard de m3 (contre les 371 milliards de m3 annoncés !) et on arrive toujours pas à le faire sortir à des débits significatifs
Il n’y a pas encore de publication scientifique qui vienne corroborer la découverte d’un “extraordinaire gisement d’hydrogène”
Heureusement que la science ne se réduit pas à sa petite culotte !
Il y a celui qui rédige son article sans solliciter la validation de ses recherches par ses pairs, et qui se contente de faire de la communication plus ou moins sincère.
Mais il y a aussi le scientifique qui publie en respectant les règles d’intégrité partagées par la communauté scientifique : il va soumettre son étude au comité de relecture d’un éditeur qui va l’approuver et la publier ou la rejeter. Une fois corrigé et approuvé, son écrit est enfin publié dans une revue scientifique.
C’est cette publication, et elle seule, qui doit faire référence !
Malheureusement la publication scientifique n’est pas facilement accessible au grand public
Il y a de nombreuses revues scientifiques, des sérieuses qui valident les études qu’on leur soumet et d’autres (les revues prédatrices) qui se contentent de publier, contre rémunération, des articles non vérifiés.
Il y a aussi des portails de publication Cairn.info ; OpenEdition Journals ; HAL, Google Scholar, qui nous permettent de consulter certaines publications en accès libre.
Mais, il faut être un lecteur averti et déterminé pour accéder à de l’information garantie !
Sur EcoTribune, nous essayons de décrypter, ni plus ni moins

Pas question d’attaquer les entreprises ou les lobbies, les élus ou l’administration, nous nous contentons d’essayer de faire la part des choses entre mythe et réalité, en consommant quantité de publications…
…pour que votre opinion se forge sur la réalité des dossiers !





Il est très bien votre papier mais le chercheur de la petite culotte c’est un immunologiste qui s’appelle Jacques Leibowitch et pas Debowitch.
Avec des « chercheurs » qui deviennent des commerciaux pour vendre leurs projets, nous avons perdu la référence scientifique. L’argument « ce sont des scientifiques qui le disent » n’a plus de sens aujourd’hui