Les faits
Le forage de Folschviller a été réalisé, en 2007, par la Sté EGL qui souhaitait tester les possibilités d’extraire du gaz de couche. Sa profondeur est d’environ 1100 mètres, et quelques drains latéraux y ont été connectés au niveau de la couche de charbon afin de capter le gaz de couche (sans résultats probants). Un forage de ce type est tubé sur toute la hauteur. Il commence avec un diamètre d’environ 50 cm en surface et se termine avec un diamètre de 15 cm dans la couche de charbon.
Nous l’avons désigné sous PUITS « Hydrogène » sur la carte ci-dessus. Il se trouve à la lisière du réservoir minier de Folschviller constitué par l’ensemble des galeries et des chantiers exploités désormais ennoyés.
Sauf informations contraires, le niveau de l’eau dans l’aquifère est à une profondeur de 40 mètres environ et le puits de forage est donc dans l’eau.
Fin 2022, des universitaires (université de Lorraine) en charge d’une évaluation sur le gaz de couche (méthane), découvrent qu’il y a 15% d’hydrogène, dans ce forage, à 1 000 mètres de profondeur.
Détection d’hydrogène ou réserve titanesque ?
Les universitaires ont constaté que le gaz dissous dans l’eau du forage, à 1 000 mètres de profondeur, contient 15% d’hydrogène et 85 % de méthane.
Attention aux termes employés : sous pression atmosphérique, en supposant même que l’hydrogène constitue 100% du gaz dissous dans l’eau, sa concentration ne sera que de 1,6 mg/litre d’eau !
Quoiqu’il en soit, il s’agit bien d’une détection d’hydrogène et c’est encourageant. Mais avant de parler de « réserves titanesques d’hydrogène blanc retrouvées en Moselle » (Science et Vie), il va falloir chercher à comprendre le processus pour remonter si possible à la « source de production » et trouver le moyen industriel de séparer l’hydrogène de l’eau sans avoir à pomper la mer : c’est ce que prévoient de faire les universitaires.
Réponse dans 5 ans ? 10 ans ? 20 ans ?
Notons qu’une quarantaine d’entreprises (dont 3 en France) sont à la quête du graal de l’hydrogène blanc dans le monde (cf article Hydrogène pour les nuls).
Les déductions et suppositions
Les universitaires nous font part de leur enthousiasme
Ils estiment qu’à 3000 m de profondeur, la teneur en hydrogène dans les gaz dissous pourraient dépasser 90 %, et en déduisent que le gisement lorrain pourrait contenir environ 46 millions de tonnes d’hydrogène naturel… ce qui correspondrait à plus de la moitié de la production annuelle mondiale d’hydrogène gris aujourd’hui ! (Source CNRS)
Mais ils veulent confirmer ces conjectures
« Nous mesurerons la teneur en hydrogène à 800-1 000 m de profondeur dans trois autres puits situés dans un rayon de 40 km autour du puits déjà étudié, pour nous assurer que ce gaz est présent dans tout ce périmètre. Ensuite, il nous faudra aussi valider nos estimations concernant la teneur en gaz à 3 000 m de profondeur. Enfin, il faudra développer des techniques d’extraction de l’hydrogène adaptées. » (source CNRS)
Que croire ? Qui croire ?
Il y a, comme toujours, plusieurs versions de la même annonce, en fonction des intérêts de ceux qui les diffusent :
Version 1 : Un gisement titanesque a été découvert en Lorraine. Il pourrait contenir jusqu’à 46 millions de tonnes d’hydrogène blanc !
Les acteurs ont besoin de susciter l'engouement en faisant une annonce enthousiaste autour de cette découverte :
- L’Université de Lorraine doit attirer des financements pour ses labos de recherche et ses doctorants.
- Le conseil régional de Lorraine gère le programme Européen Programme régional Lorraine et Vosges 2014-2020 (Fonds de 580 Millions d’Euros). C’est un des financeurs de l’université et il a besoin d’opérations phares.
- L’entreprise partenaire (FDE) manage sa communication boursière.
- Les médias veulent de l’audience.
- les élus veulent gagner en notoriété.
Version 2 : On a détecté de l’hydrogène dans le sous-sol lorrain, les investigations continuent pour s’assurer que ce n’est pas une situation isolée et pour mener une estimation du gisement.
Les habitants, eux, ont besoin d'annonces factuelles :
C’est moins enthousiasmant, ça ne crée pas de « buzz », mais ça a le mérite d’informer les habitants sur la réalité de ce qui est découvert.
Notre point de vue
Ne pas se retrouver dans la situation du gaz de couche
Le gisement du gaz de couche lorrain représente au total un volume de 190 milliards de mètres cubes de gaz, soit environ cinq années de consommation de gaz pour la France.
C’est à cause de ce type d’information « enthousiaste » que l’on a clivé le bassin minier entre les pro et les anti gaz. L’affaire est devenue politique, et on a oublié que le gaz malgré tous les essais pratiqués depuis 1988 refuse de sortir en quantité suffisante.
Il y a de l'hydrogène ? Tant mieux, mais autant faire les choses bien !
Le rechercher, comprendre le processus de sa fabrication, le capter, va nécessiter, comme pour le gaz de couche, la mise en oeuvre de forages profonds avec les nuisances qui les accompagnent.
Mais il nous semble que pour obtenir le soutien des habitants sur ce projet, trois conditions sont nécessaires :
- Les associer (comité de suivi)
- Leur fournir de l’information factuelle
- Garantir l’absence de pollution des aquifères en proscrivant, entre autres, les défauts de cimentation des puits
Ce qui n’a vraisemblablement pas été le cas pour les forages « gaz de couche ».


















En effet très peu de factuel et une communication débridée irresponsable !
On touche au paranormal !
En cas d’échec est ce que les différents collaborateurs, devront rembourser l’argent public et privé.?
Vous avez raison, les sommes en jeu sont conséquentes.
Par exemple, l’Europe a financé, à hauteur de 1 245 500 €, l’université de Lorraine pour l’étude (sur le même forage de Folschviller) concernant le gaz de couche (quantifier la ressource, étudier les possibilités d’extraction). C’est une bonne chose de financer les laboratoires universitaires et les doctorants, encore faut-il qu’il y ait communication du rapport de recherche, validé par les pairs. Le dossier gaz est clos au 31 décembre 2023 et à notre connaissance, il n’y toujours pas de rapport !
Espérons que le dossier hydrogène soit moins opaque !
Je pense que les chercheurs ne se sont pas contentés de mesurer l’hydrogène avec une sonde au fond d’un forage pour en déduire une réserve d’hydrogène de 46 millions de tonnes. Pas 45, pas 47, mais 46 millions… Ils sont forts !